|
"Je ne suis d'accord avec vous qu'en une seule chose, c'est qu'il y a trop souvent abus dans ce monde de tous les genres de propriété. Mais je ne conclus pas de l'abus à l'abolition, expédient héroïque trop semblable à la mort, qui guérit tous les maux.
J'irai plus loin: je vous avouerai que de tous les abus, les plus odieux selon moi sont ceux de la propriété, mais encore une fois, il y a remède à ce mal sans la violer, surtout sans la détruire. Si les lois actuelles en règlent mal l'usage, nous pouvons les refaire. Notre code civil n'est pas le Koran; nous ne nous sommes pas fait faute le prouver. Remaniez donc les lois qui règlent l'usage de la propriété, mais soyez sobre d'anathèmes; car avec la logique, quel est l'honnête homme qui aurait les mains tout à fait pures? Croyez-vous qu'on puisse être voleur sans le savoir, sans le vouloir, sans s'en douter? N'admettez-vous pas que la société actuelle ait dans sa constitution, comme tout homme, toutes sortes de vertus et de vices dérivés de nos aïeux? La propriété est-elle donc à vos yeux une chose simple et si abstraite, que vous puissiez la repétrir et l'égaliser, si j'ose ainsi dire, au laminoir de la métaphysique? Vous avez dit, monsieur, dans ces deux belles et paradoxales improvisations, trop d'excellentes choses pratiques pour être un utopiste pur et inflexible. Vous connaissez trop bien la langue économique et la langue académique pour jouer avec des mots gros de tempêtes. Donc je crois que vous avez fait avec la propriété ce que Rousseau a fait, il y a quatre-vingts ans, avec les lettres: une magnifique et poétique débauche d'esprit et de science. Telle est du moins mon opinion."
Considéraion d’Oriane (encre violette): je suis moi-même bien partagée sur ce point car qu’est-ce que la propriété? S’agit-il du livre que j’emporte partout avec moi, de ma paire de chaussure favorite ou de mon manoir de Bretagne et de ma villa d’Antibes? A vouloir réfléchir sur des notions trop abstraites, Proudhon rend son argumentation peu convaincante. De plus, s’agit-il des biens obtenus de naissance, de ceux acquis par son travail ou son intelligence, de ceux volés ou acquis par toutes sortes de forces? J’ai toujours défendu la propriété comme marque de reconnaissance sociale pour le travail effectué pour le bien commun et je ne crois pas qu’il puisse en être autrement.
|